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Gaïa et la Gnose. 1

Le Biomysticisme et le futur de l'humanité

John Lamb Lash

Traduction de Dominique Guillet.

Tout au long de mes articles dans ce site internet, j'ai affirmé que la croyance en une déité extra-terrestre représente un danger pour la survie humaine et même pour la santé mentale humaine parce qu'elle va à l'encontre de notre connexion instinctive avec la planète vivante, Gaïa. En corrélant Gaïa avec la déesse Sophia, je souhaite montrer l’origine antique de ce lien. La reconnaissance de la Déesse Sagesse comme l’intelligence demeurant au sein de la Terre est le coeur du message de Metahistory.org.

Très bien, mais tout un chacun pourrait se demander si cette invitation à la reconnaissance de Gaïa est un prétexte pour fonder une nouvelle religion basée sur Gaïa ou revenir vers le culte de la Déesse de l’antiquité. Ni l’un, ni l’autre, mais c’est un défi pour découvrir, en nous reliant à la Terre, ce qui a été auparavant découvert au travers d’une croyance en ce qui se trouve au-delà de la Terre.

“Je crois que la plupart de ce qui a été dit de Dieu était en réalité dit de cet esprit dont le corps est la terre”. (A.E., “The Candle of Vision”).

C'est,
sous certains aspects, le fondement de Metahistory.org. La connaissance de Gaïa n’est pas une question de croyance. C’est une quête visionnaire pour toute l’espèce humaine. La reconnaissance de Gaïa, la sagesse de la Terre, faisait partie du vécu de tous les peuples indigènes dans les temps anciens. Durant l’âge classique de la religion Païenne, Sophia était connue sous de nombreux noms: Magna Mater, Isis, Demeter, la Grande Mère, la Grande Déesse et la Déesse Blanche. Les noms attribués à Gaïa dans les cultures tribales se comptent par milliers. Si nous considérons Sophia comme l’esprit divin qui “anime” la planète entière, c’est à dire, l’intelligence qui informe la biosphère, nous pouvons alors imaginer comment la quête de vision de notre espèce peut s’épanouir: par la contemplation de “l’animation” du monde matériel et sensoriel, nous plongeons au coeur d’une relation intime avec la source mystérieuse de la vie elle-même.

Cette quête concerne la manière dont nous, les vivants, nous nous consacrons à la source divine de la vie animale et consciente. Le défi de cette quête est de réaliser comment nous pouvons vivre interactivement avec la source immédiate de toute vie plutôt que de rester passivement et aveuglément dépendant d'elle. La première étape, pour faire face à ce défi, est d'apprendre et de pratiquer l'histoire de vision de la présence divine de la Terre, Gaïa-Sophia.

Biomysticisme

“La sensation est le plus grand mystère des sciences naturelles”
(Wilhelm Reich dans “L’Ether, dieu et le diable : le fonctionnalisme orgonomique.”)

Le retour à l'animisme est explicite dans le message de Metahistory.org mais il ne s'agit pas d'un animisme aveugle et superstitieux. J'ai proposé le terme biomysticisme pour évoquer une participation visionnaire et empathique avec la force de vie. Dans son ouvrage “Slanted Truths”, Lynn Margulis qualifie le biomysticisme de “débilitant” -à savoir, selon ma compréhension, qu'elle perçoit la projection des sentiments humains sur la nature comme étant néfaste pour la science- mais toute personne qui a fait l'expérience d'une communion profonde avec la nature, que cela soit au travers de rites enthéogéniques ou tout simplement en contemplant un coucher de soleil, sait, tout au contraire, que cette expérience est régénératrice et source de guérison et d'inspiration. Il est vrai que le biomysticisme implique une attitude religieuse envers la nature. On peut également le percevoir comme une technique basique de survie.

Depuis la formulation initiale de l'hypothèse Gaïa dans les années 70, les avancées dans les domaines de l'astronomie et de la biologie ont, de plus en plus, fait écho à la vision antique Gnostique du cosmos. L'Univers multigalactique (illustré de façon spectaculaire par les photographies du télescope Hubble), l'autopoesis, la théorie de l'émergence, la panspermie et l'exobiologie, la cosmologie des plasmas, la symbiose terre-lune-soleil, toutes ces recherches de la science de pointe peuvent être corrélées à la cosmologie Gnostique. Cela n'implique pas que la mythologie ait besoin de la science ou puisse être validée par la science. Le mythe est plutôt un outil imaginaire qui oeuvre selon un mode différent de la science et qui sert d'autres finalités. La science, cependant, et plus particulièrement lorsqu'elle s'intéresse à Gaïa, peut s'enrichir et devenir plus pertinente en intégrant les aspects participatifs d'une authentique “mythologie créatrice” comme John Campbell l'avait appelée.

La Gnose (selon l'une de ses définitions) est une méthode d'accès direct aux physiques du cosmos au travers de l'instrument du corps et des sens - “les biophysiques de la perception” pour emprunter une terminologie heureuse de Wilhelm Reich. Les sciences modernes dénient catégoriquement qu'un tel accès soit possible mais Reich prévint que “les scientifiques sombreront d'autant plus dans l'erreur qu'ils négligeront leur propre système de perception sensorielle”. (“L’Ether, dieu et le diable : le fonctionnalisme orgonomique”). Je suis convaincu que le paradigme scientifique, dissocié du corps et des sens, ne générera que confusion et contradiction. Dans la “Science du Yoga”, un commentaire sur les “Yoga Sutras” de Patanjali, l’auteur I. K. Taimni déclare que “ce type de confusion est inévitable tant que nous continuons à étudier exclusivement avec des analyses mathématiques et des instruments physiques un Univers dont les fondements reposent dans la sphère du mental et de la conscience.

Reich, bien sûr, se méfiait du mysticisme et ce, dans des termes très clairs: “Le mysticisme constitue, au sens littéral, l'abandon des sensations organiques et des impressions sensorielles au profit de quelque chose d'irréel qui se situe au-delà de ce monde... Le “diable” et “l'ange” correspondent, tous deux, à des sensations structurelles humaines qui s'écartent fondamentalement de celles des animaux et des peuples indigènes” (ibidem).

Dans les ouvrages “La Psychologie de masse du fascisme” et “Le meurtre du Christ”, Reich affirmait que les obsessions mystiques capables d'infecter des races ou des populations entières émanent de “projections de sensations organiques déviantes et non naturelles”. En d'autres mots, les êtres humains attribuent à des forces, qui se situent dans un monde au-delà, ce qu'ils ressentent dans leurs propres corps et ils refoulent ce ressenti parce qu'ils sont effrayés de l'intensité avec laquelle il pourrait annihiler leur ego. Ou encore parce que le plaisir pur de l'incarnation organique les apeure.

Je maintiens qu'avant que ne sévisse en Europe l'injonction chrétienne du mépris corporel, qui transforma le plaisir en un pécher, de nombreux êtres humains recherchaient l'expérience de la dissolution de l'ego, et y prenaient plaisir, plutôt que de la rejeter et de la condamner. En sont témoins les penchants hédoniques de la civilisation Païenne et les éléments orgiastiques des anciens rites mystiques, de l'extase Dionysiaque, etc. ( Cela est développé dans mon ouvrage “Not in His Image”).

Reich soutenait que la capacité “d'abandon orgasmique total” aux flux vitaux circulant dans le corps est la condition fondamentale de l'immunité contre une telle déviance des forces somatiques et sensorielles. Dans son insistance sur le fait que la puissance orgasmique est le fondement d'une société saine, Reich semble avoir remémoré (peut-être de façon subliminale) la coutume antique d'union sacrée par laquelle le prétendant à la royauté était mis à l'épreuve lors d'un rapport sexuel avec une prêtresse représentant la Déesse Terre (ou la Terre elle-même, pour ainsi dire). L'acceptation par l'homme de s'abandonner au flux de jouissance de la force de vie donnait la preuve de sa puissance, à savoir le pouvoir de gouverner avec courage, sagesse et compassion.

Reich concède aussi la possibilité d'un mysticisme authentique, enraciné dans la force de vie et non pas dissocié d'elle: “Kepler témoignait d'une conception animiste des fonctions planétaires qu'il ne faut pas confondre avec un mysticisme bien qu'il en ait souvent été accusé.”(Ibidem).

Dans “Les Somnambules”, l'ouvrage classique sur la naissance de la science moderne, Arthur Koestler explique comment Kepler substitua la pesanteur à la conception théologique du Saint Esprit. Koestler ne mentionne pas, cependant, que le Saint Esprit était perçu, dans les Mystères, comme identique à Sophia, la Déesse de la Sagesse dont le corps est la Terre. Dans sa description des croyances des Barbelo-Gnostiques, Irénée a dit: “Du premier ange avec Monogenes fut émané le Saint Esprit qu’ils appellent également Sophia et Prunikos” (Irénée de Lyon).

Il est significatif que Reich associe le mysticisme fondé sur l’affirmation de la vie avec les physiques planétaires. (Le dernier ouvrage de Reich “Contact with Space” décrit ses investigations des OVNIs et des phénomènes anormaux de l’atmosphère.) Cela est certainement dû à ses expériences personnelles de l’orgone cosmique affluant dans l’atmosphère de la Terre. Je qualifierai le mysticisme fondé sur une négation de la vie de dissociatif ou de sado-masochiste car il est presque toujours empreint d’impulsions sadiques manifestes ou cachées.

L’animisme proposé par tout le site metahistory.org est en accord avec l’animisme planétaire de Kepler, la perception morphologique de Goethe (que Reich cite) et la propre science de l’orgone de Reich. Le plus grand mystère pour la science est ce qui se manifeste au travers des sens humains mais l’investigation de ce mystère n’est pas uniquement l’apanage des scientifiques.

Désacralisation

“L’Eglise Chrétienne a échangé l’animisme, orienté vers la nature, de la science préhistorique pour un mysticisme dissocié de la nature et de la vie. La science naturelle fonctionnelle doit défendre l’animisme primitif contre le mysticisme pervers et lui emprunter tous les éléments de l’expérience correspondant à la perception sensorielle”. (Wilhelm Reich dans “L’Ether, dieu et le diable : le fonctionnalisme orgonomique.”)

Dans “Mythbusting 101”, une série de leçons qui déclinent les directions futures de ce site, je développe le thème littéraire et mythique de la Terre Dévastée en relation avec Perceval, le héros de la Quête du Graal. La littérature Française et Germanique du Graal du 12 ème siècle se développa à partir d’origines mythologiques spécifiques en Irlande et au Pays de Galles où les Mystères survécurent à la suite de leur répression par l’Eglise Romaine. Le thème de la Terre Dévastée est une variation Celtique de l’identification universelle de la femme avec la Terre, dont l’expression a emprunté un chemin unique.

Dans le mythe Irlandais, Eri ou Erui était une femme Tuatha Dé Danann, les divinités tribales de la race Celtique. Elle en vint à personnifier, dans un sens bien particulier, la “Souveraineté de l’Irlande”. En d’autres mots, cette divinité féminine devint associée biorégionalement avec l’Irlande, et plus spécifiquement avec Tara, la région au nord de Dublin. Le nom poétique de l’Irlande, Erin, est dérivé de son nom mythique.

Dans une légende Irlandaise, “L’Extase Prophétique du Fantôme” (rédigée autour de 1050), Erin offre de la nourriture à un mortel humain qui erre en son royaume magique et lorsqu’elle lui offre une coupe pleine de délicieux hydromel, elle lui demande plusieurs fois: “à qui cette coupe sera-t-elle offerte?”. C’est l’évocation la plus antique de la “question du Graal” dans la littérature Celtique: “La question que posa de façon récurrente la souveraineté devint la question à laquelle Perceval ne put répondre”. (Loomis dans “Arthurian Tradition and Chrétien de Troyes”). Selon l’érudit Arthurien R. S. Loomis, le leitmotiv de la Question est unique au genre de la mythologie Celtique et ne se trouve nulle part ailleurs dans le monde.

La question du Graal fut originellement posée par Erui/Erin, une femme ou une déesse sous les traits d’une femme. En tant que Souveraineté de l’Irlande, elle était intimement identifiée avec la fertilité et la beauté du pays. Afin de devenir le roi du pays et d’être le gardien de sa fertilité, aussi bien que de son peuple, le prétendant à la royauté devait s’unir sexuellement avec Erin. La tradition Celtique se fait ici l’écho du thème universel et éternel du “hieros gamos”, de l’union sacrée, le rite originel de consécration des rois au Moyen Orient. Les parallèles entre les Celtes et l’Inde ont été mis en valeur par de nombreux érudits. Le sacre des rois était pratiqué parmi les Celtes mais en raison du caractère semi-nomadique de leur civilisation qui était très éparpillée d’un point de vue géographique, ce rite n’aboutit pas à l’établissement de centres urbains théocratiques.

Le mythe archaïque témoigne du fait que quelque chose va de travers avec la Souveraineté d’Erin. Lorsque le visiteur du royaume magique faillit à répondre à la Question de la “coupe de l’épreuve”, Erin elle-même est affectée et, par extension, le pays avec lequel elle est identifiée. La cause en est la blessure paternelle. Le prétendant au royaume qui est sexuellement blessé ne peut pas avoir le plaisir de s’unir avec la femme qui personnifie la terre. Dans le mythe Irlandais, Bran était un roi antique blessé par une lance dans le pied: il était, en fait, le prototype d’Amfortas, le Roi blessé du Graal. En raison de son incapacité, non pas à féconder Erin, mais à consommer le plaisir de savourer la beauté de son corps terrestre, le patriarche blessé amène un mauvais sort sur le pays. Il devient la Terre Dévastée, infertile, polluée, dépouillée de la beauté jaillissante de la nature.

Une terre sous enchantement maléfique requiert que quelqu’un vienne la désenchanter. Loomis perçut dans la “Quête de Désenchantement” de Perceval, la manifestation suprême de ces éléments archaïques mythiques:

“la Quête du Désenchantement devint le thème central de la légende éblouissante et mythique du Graal”. (ibidem, page 354).

Perceval, en posant la Question au Roi blessé du Graal, leva l’envoûtement de la Terre Dévastée. Les deux thèmes, la Question et la Terre Dévastée, sont intimement corrélés de par leur origine commune dans la mythologie Celtique.

Ainsi que je l’explique dans mon ouvrage “Not in His Image”, la civilisation Celtique était pan-Européenne et servait de “culture gardienne” pour les peuples indigènes de l’Europe. Lorsque le mode vie propre au Paganisme fut détruit et que les peuples indigènes de l’Europe furent forcés d’adopter le Christianisme Romain, les Mystères furent violemment réprimés - mais ils furent préservés au sein de petites enclaves du peuple Celtique qui vivait dans l’arrière-pays en Irlande et au Pays de Galles, terres d’origine de la légende du Graal.

Nous pouvons décider aujourd’hui de déceler l’enchantement maléfique de la Légende du Graal sous les traits de la pollution de la biosphère mais, psychologiquement parlant, l’envoûtement est tout autant à l’oeuvre dans notre mental et dans notre perception de la nature que dans la nature elle-même. Le concept-clé est ici celui de désacralisation. C’est nous-mêmes qui plongeons l’entièreté de la terre sous un envoûtement lorsque nous cessons de reconnaître le pouvoir sacré de la nature ou que nous refusons de nous abandonner à sa beauté dans une fusion de plaisir orgasmique. Cela étant, il est essentiel de recouvrer l’élément religieux et mystique de l’expérience humaine en imprégnant l’écosophie de Gaïa de façon imaginative, d’un élément sacré. Je suis convaincu que la participation imaginative ou imaginale conduira à un contact sensuel avec la planète vivante et qu’en retour, il s’ensuivra une illumination sensorielle. Tout ce que puissions faire pour désenvoûter la Terre dépend de ce que A.E appelait “contact vital” avec l’atmosphère, l’enveloppe terrestre dans laquelle nous vivons et respirons - ou, si vous le permettez, qui nous respire. En 1984, l’alchimiste et mystique Adam McLean écrivit: “Je crois qu’à l’approche de cette fin de siècle, le mystère du Graal prendra de l’importance dans la conscience collective et sera identifié au corps ésotérique vivant de la Planète elle-même.” (“Alchemical Transmutation in History and Symbol” dans “At the Table of the Grail”, page 65).

Il serait incorrect de parler de resacralisation parce que la nature, intrinsèquement, n’a jamais été non-sacrée mais il est nous est nécessaire, cependant, de resacraliser notre perception du monde naturel. C’est l’opportunité non-scientifique que la mystique de Gaïa nous offre, peu importent ses inconvénients et ses dangers. L’illumination psychosomatique, au travers de la Gnose, est aussi une voie scientifique (littéralement, une voie de “savoir”), à savoir une voie qui n’invalide pas du tout les méthodes de la science et qui peut, en fait, les compléter.

Le retour à un animisme empreint de Gnose n’est pas antinomique à l’exploration moderne scientifique de l’écosophie de Gaïa et il en est peut-être un élément essentiel. La vision Sophianique de la Terre peut élever la science en complétant, par l’empathie et la participation humaines, les recherches effectuées avec des instruments, la collecte de données, les modélisations mathématiques et les processus de validation logique-analytique. Ceux qui prétendent que l’empathie avec la nature s’oppose à la science objective le font au risque d’entériner un type de science désincarnée et inhumaine. Leur approche est réminiscente de l’insistance, selon Francis Bacon, que nous torturions la nature, que nous lui “fassions subir le supplice du chevalet” pour en soutirer les secrets. Cette attitude froide et digne de l’Inquisition est cohérente avec les métaphysiques extra-terrestres développées par la religion rédemptrice depuis le Moyen-Age, et adoptées par la science depuis l’époque des Lumières.

Ainsi que Theodore Roszak l’observait: “Ni le scientifique, ni le théologien n’ont pu intégrer l’homme et la nature dans une vision offrant le sens de notre parenté avec l’univers et permettant une observation éthique de notre planète vivante. Il existe, en fait, une continuité psychologique profonde entre l’hostilité Chrétienne au paganisme et l’émergence de la science moderne.” (“Nature and Nature’s God” dans “Alexandria 5”, édité par David Fiedler.)

L’alliance entre le mysticisme et la science fut anticipée par Fritjof Capra dans le Tao de la Physique publié en 1975 mais il fallait que l’hypothèse Gaïa, les théories du chaos, l’émergence, la cosmologie du plasma, l’exobiologie et d’autres concepts se manifestent avant que nous puissions voir la possibilité d’une telle alliance, et que nous en acceptions la nécessité. L’ouvrage de Capra fut un flamboiement qui éclaira momentanément l’horizon mais il ne nous dévoila pas la topographie de ce territoire. Il mit en exergue l’homologie des structures conceptuelles et des propositions de la science et du mysticisme sans prendre en considération la façon dont les sens humains pourraient révéler la structure intérieure et les principes de fonctionnement du cosmos par des voies non accessibles aux instruments scientifiques. Maintenant que le territoire est beaucoup mieux défini, nous pouvons accepter ce que d’autres avant Capra (et plus particulièrement Goethe et à sa suite Wilhelm Reich et D. H. Lawrence) avaient pressenti: la science du futur adoptera les sens comme des outils plutôt que de les ignorer parce que source d’informations erronées.

Le biomysticisme conduit à la resacralisation de notre participation au monde naturel. J’ai créé le terme écognostique pour qualifier la fertilisation, par la Gnose, de la conscience écologique future ou écologie sacrée. Dans mon nouvel ouvrage “Not in His Image”, je définis l’écognose comme “une perception intime de la force vitale de la terre qui puisse amener l’humanité en alignement avec la correction de Sophia.” Cette définition relie la capacité humaine pour une relation profonde avec la nature au thème central de la cosmologie Gnostique, la “correction” de Sophia. En établissant cette relation, je n’avance pas de postulat ou de proposition quant à la nature de cette “correction”. Je précise que pas même les Gnostiques n’ont explicité cette notion (du moins, dans les écrits que nous avons pu retrouver) si ce n’est de suggérer qu’elle implique, en quelque sorte, la relation entre la terre et le centre galactique, le Plérome.

“Et la lumineuse epinoïa (le pouvoir de l’imagination) fut caché en Adam (le génome humain) afin que les Archons (les parasites du mental) ne puissent pas avoir accès à ce pouvoir et afin que l’épinoïa puisse être une correction à la privation de Sophia” (à savoir sa séparation du Plérome). Apocryphe de Jean, 20-25.

La correction de Sophia est ce que la quête de vision Gaïenne de notre espèce nous amènera à découvrir.


La Suite

Mon propos, en adoptant la Gnose et les Mystères pour structurer l’écologie sacrée tout aussi bien que pour promouvoir l’écosophie de Gaïa dans une vision mythopoétique, se fonde sur une évaluation multi-disciplinaire des écrits Gnostiques par leur mise en relation avec la mythologie comparée, l’histoire des religions, le chamanisme, le mysticisme, les métaphysiques Asiatiques, la pratique enthéogénique, l’éthologie, la biologie évolutioniste et la parapsychologie. Malheureusement, les érudits Gnostiques ne regardent pas en dehors de leur champ spécifique pour interpréter les écrits Gnostiques. Aucun érudit officiel ne se permettrait d’établir les corrélations que je propose: de toutes façons, aucun érudit officiel n’est capable d’établir de telles corrélations de par les oeillères qu’il porte. Ainsi, mon affirmation essentielle selon laquelle les Gnostiques étaient les instructeurs anciens et les gardiens des Mystères Levantins dépasse le cadre de l'érudition Gnostique. J’affirme, cependant, avec force, que l’origine, la nature, la méthodologie et la finalité de la Gnose ne peuvent être appréhendées que grâce aux corrélations que j’ai établies.

La pratique de la Gnose ne prendra toute sa valeur que si nous la faisons vivre au coeur de notre relation émergente avec Gaïa. La Gnose, lorsqu’elle est divorcée de la vision Sophianique de la Terre, ne sert qu’à renforcer des croyances religieuses qui maintiennent le monde sous un enchantement maléfique de dissociation.

Dans les deux parties subséquentes de cet essai, je développe 20 points qui reprennent tous les fondements de ma proposition de corréler les enseignements Gnostiques avec l’écosophie de Gaïa. Pour chaque point qui est considéré, je résume le consensus partagé par les érudits Gnostiques, la vision écognostique développée dans ce site et les corrélations principales que l’on puisse trouver entre d’une part la théorie et la pratique Gnostiques et d’autre part le shamanisme et le Tantra et yoga Asiatiques (à l’exclusion du Bon Po, du Dzogchen et du Vajarayana qui, bien qu’ils présentent des parallèles frappants avec la Gnose, tendent à être trop compliqués et intellectuels). Tous les points de la catégorie écognostique ont comme source originelle les écrits Gnostiques. En d’autres mots, ils présentent mes extrapolations des enseignements Gnostiques que j’ai sélectionnés dans une vision résolument Séthienne et non Christocentrique.

C’est tout un exercice, j’en conviens. Il constitue un matériau considérable à lire et assimiler. Mais c’est l’interprétation finale que je ferai sur ce site quant à la relation Gnose-Gaïa. Le moment est venu d’avancer, d’explorer d’autres thèmes, de développer de nouvelles approches mais sans avoir auparavant cartographié le coeur de l’immense territoire que nous avons ouvert et exploré durant ces cinq années de metahistory.org.